Je ne vous appelle plus amis mais serviteurs
Jean 15v15
J’aimerai partager avec vous cet extrait d’une réflexion parue dans le Hors série n°17 du Monde des religions. Rémi Brague, membre de l’académie des sciences morales et politiques, spécialiste de la philosophie médiévale arabe et juive, auteur notamment de La loi de Dieu (Gallimard 2008) et de Les ancres dans la ciel (Seuil 2011), nous livre « sa lecture des évangiles »
On me demande de présenter la phrase qui me parle le plus dans le message de Jésus. Cela me met mal à l’aise. Le problème est qu’un chrétien n’est pas quelqu’un qui s’intéresse à un quelconque message mais à une personne-Jésus-Christ en l’occurrence. Or une personne se caractérise certes par ce qu’elle dit, mais surtout par ce qu’elle fait. C’est même son action et à l’horizon l’ensemble de sa vie qui éclaire le vrai sens qu’il convient de donner à ses paroles. Et déjà qui permet de savoir quel poids il faut leur donner : paroles en l’air, vanteries de bons apôtres (faites ce que je dis pas ce que je fais) ou bien conviction profonde, programme de vie sincèrement et scrupuleusement appliqué quoi qu’il en coûte.
Il me faut donc chercher une parole qui résume non pas l’enseignement d’un sage ou d’un prophète mais l’orientation de toute une vie. Il y en a plusieurs. Il y en a une que je trouve particulièrement intéressante et même révélatrice , dans le quatrième évangile, dans un long discours avant la passion , Jésus dit : »Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ».
Dieu n’est pas le tyran ou le gendarme que l’on s’imagine encore trop souvent et dont les hommes seraient les esclaves. Ce qu’Il veut c’est le bien de ce qu’il a créé et non pas son propre bien. Dans le cas de l’homme le bien porte plusieurs noms : salut, vie éternelle. C’est pourtant un autre visage du bien que nous présente le verset : la liberté.
Dans le monde antique, à l’époque de Jésus, il n’y avait que deux catégories sociales : les esclaves et les hommes libres. C’est de cela qu’il s’agit ici. D’une promotion au rang et à la dignité d’homme libre, d’une libération. Comme le premier exode a fait sortir le peuple de la maison de servitude, la seconde pâque, la passion du Christ doit le mener à une liberté nouvelle.
La suite du verset de Jean l’explique : le serviteur ignore ce que fait son maître;l’ami se confie, tient au courant, révèle son mystère. C’est la vérité qui rend libre (Jean 8 v 31). Dieu nous affranchit mais attention ami ne veut pas dire « copain-copain ». Cette intention dont Dieu nous fait part et de nous associer à son projet: Il veut notre intérêt et note bien, un bien à sa mesure dont il nous apprend à notre grande surprise qu’il est aussi à notre mesure. Il veur que nous soyons saint comme Lui est saint (Lévitique 19v2, I Pierre 1v15 et 16). Vaste programme…Et pas nécessairement très agréable. Car nous nous complaisons souvent dans les chaînes auxquelles nous sommes habituées. Israel au désert regrettait les oignons et les marmites de viande de l’Egypte.
Rien ne prouve que nous laisser arracher à nos chaînes soit une partie de plaisir. Cela n’en a pas été une en tous cas pour celui qui a risqué la formule que je comment ici. Car il est aussi celui qui vient de définir le plus haut degré de l’amitié comme de donner sa vie pour ceux que l’on aime. (Jean 15v17)



